La nouvelle famille allemande

Publié le par Olga Trostiansky

merkel-copie-3.jpgDaniel Vernet consacre dans « Le Monde» un large papier à « la nouvelle famille allemande » (édition du 24 janvier). Il s’agit moins d’analyser les transformations des familles allemandes, que celles des politiques familiales en Allemagne. Angela Merkel et sa ministre de la famille, des personnes âgées, des femmes et de la jeunesse, Ursula Von des Leyer, mettent en œuvre une politique qui sans être innovante vient répondre en partie aux besoins des parents. Un équivalent de notre congé parental a d’ores et déjà rencontré un grand succès et 10% des bénéficiaires de cette nouvelle mesure sont des hommes, 500 000 places de crèches devraient être ouvertes d’ici 2013 et l’Etat fédéral a entrepris de favoriser l’organisation d’un temps des enfants compatible avec le travail des parents, notamment en proposant des activités durant l’après midi. Ce programme se heurte à de fortes réticences religieuses et culturelles : les chrétiens–sociaux de Bavière ont obtenu que les mères aux foyer, les «bonnes mères»,  bénéficient d’allocations importantes, car l’Etat ne doit pas selon eux encourager les familles à se débarrasser de leur progéniture. Il repose également sur des justifications curieuses, ainsi la socialisation et l’éveil des enfants en crèche sont présentés comme «d’autant plus importants pour les familles en difficulté ou pour les familles immigrées ». De récentes affaires de maltraitance ont pourtant prouvé que la cellule familiale (même allemande!) n’était pas forcément le nid d’épanouissement et de stabilité que les plus conservateurs voudraient qu’elle soit.

J’ai récemment rencontré des Allemands, des Tchèques et des Autrichiens pour parler de politique familiale, et ils rencontrent tous une problématique semblable. La démographie s’essouffle, les Gouvernements refusent de faire appel à l’apport démographique de l’immigration et les systèmes économiques, urbains et sociaux s’en trouvent menacés. Ces premières mesures suffiront-elles à redonner envie aux Allemandes et aux Allemands de faire des enfants? Je suis bien en peine de le dire : ce premier pas politique fera-t-il changer le regard des mères et des belles mères sur les jeunes couples et leur façon de vivre ? Quel sera le regard des églises sur les transformations de la vie quotidienne des familles ? Un gouvernement démocratique est-il crédible dans un rôle de promotion des naissances ? Pour ma part, je crois qu’il est plus sain, et sans doute plus facile, de faciliter la vie des familles telles qu’elles sont, plutôt que telles qu’on voudrait qu’elles soient. Si les Allemands ne souhaitent pas avoir d’enfants, ils existe sans doute de part le monde de nombreuses familles qui aimeraient vivre en Allemagne, comme bien d’autres aimeraient d’ailleurs vivre en France. L’Europe pourrait avoir le courage d’affirmer que nous devons les accueillir avec soulagement et joie et respecter leur dignité et l’ensemble de leurs droits. Un beau programme pour la présidence Française de l’Union, non ?

 

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