Le congrès du PS se prépare

Publié le par Olga Trostiansky

Le balais des grandes contributions généralistes alimente la presse. Mais la préparation d'un congrès du parti socialiste donne géalement lieu à l'élaboration de nombreux textes thématiques. Tous seront en ligne sur le site du PS le 7 juillet. J'ai participé avec quelques camarade à la rédaction de celui-ci. .

Les socialistes s’engagent pour les femmes

 Le combat pour l’égalité porté par les socialistes nous a amené à engager résolument le combat de l’égalité entre femmes et hommes. Nul n’est besoin de revenir sur les progrès fondamentaux pour les femmes que la gauche porte lorsqu’elle est au pouvoir : parité, égalité professionnelle, développement des modes d’accueil des jeunes enfants… Mais comme en matière de droits sociaux, la droite détisse en ce moment la trame que nous avions mise en place : pas de ministre aux droits des femmes,  disparition annoncée du Service aux droits des femmes et à l’égalité, brèche dans la mixité scolaire, régression dans le financement des crèches, pénurie de logements sociaux… L’ordre social et moral, qui enferme les femmes dans des rôles qu’elles ne souhaitent plus incarner, est de retour. Le recul des droits en matière de santé, de vieillesse ou de famille, la précarisation croissante des salariées, la misère de la politique éducative touchent également de plein fouet les femmes les plus fragiles et celles qui cumulent l’effet des discriminations sexistes et racistes. 

 Une intervention politique forte, dans tous les secteurs des politiques publiques peut seule mettre fin à ce mouvement de recul et amorcer une société plus égalitaire.  

 Le Parti Socialiste donne au niveau local une impulsion décisive. Les maires, les présidents et présidentes de conseils généraux ou régionaux mènent des politiques actives et efficaces : multiplication des équipements en faveur de la petite enfance, développement de la formation continue, accompagnement des foyers monoparentaux, soutien aux personnes faibles (malades, handicapées, âgées)… Mais la lutte pour l’égalité entre les sexes  ne passe pas seulement par les politiques sociales, elle doit sous-tendre l’ensemble de l’action politique. Elle doit également  s’appliquer d’abord au sein du parti avec un bureau et un conseil national paritaires et le secrétariat aux fédérations ou celui aux élections confié à une femme.   

    I-           Les socialistes s’engagent pour la solidarité

 1.   augmenter le taux d’emploi des femmes à tous les âges et rémunérer normalement leur travail
 80% des travailleurs à bas salaire sont des femmes : l’emploi salarié ne protège pas les femmes de la grande pauvreté, du mal logement ... Outre des conditions d’emploi très difficiles, les femmes retraitées ou seules à élever leurs enfants sont également largement touchées par la pauvreté. Elles subissent leur sous-emploi et leurs salaires au rabais. Le niveau d’activité des femmes de plus de 50 ans est bas (54% contre 62% pour les hommes), cet arrêt prématuré des carrières génère de basses retraites. Les femmes sont donc particulièrement vulnérables à la réduction des droits sociaux que conduit le Gouvernement Fillon. Pourtant, l’activité des femmes est un gain pour l’ensemble de la société. Justement rémunéré, le travail des femmes permettrait de créer de la croissance durable en luttant efficacement et à long terme contre la pauvreté, en renforçant le système de protection sociale et en limitant la demande d’aide et d’assistance. Les socialistes privilégient deux axes : un travail antisexiste avec les employeurs et un service public social dépassant enfin le modèle du travail des femmes comme « travail d’appoint ».  

 Les employeurs antisexistes doivent être avantagés. Des politiques de gestion sexistes, qui sont donc coûteuses pour l’ensemble de la société, pourraient être sanctionnées par des pénalités fiscales ou sociales (avec des indicateurs comme la parité dans les recrutements, dans les temps partiels, les écarts de salaires entre hommes et femmes…). La Halde doit jouer son rôle, alerter la justice et celle-ci doit appliquer des pénalités que la loi fixera.

 Parallèlement, le système fiscal et social doit cesser de pousser les femmes hors du champ de l’activité. Un véritable service public de l’enfance, la valorisation des acquis de l’expérience associative ou au foyer, l’individualisation les droits fiscaux ou sociaux avec une réelle prise en compte des spécificités du travail féminin permettraient à celles qui le souhaitent de concilier vie de famille et vie professionnelle en en mesurant exactement l’impact pour leur ressources.

 2.   une représentation positive des femmes
 Les préjugés sexistes  justifient violences, mauvaises orientations professionnelles et le sexisme ordinaire et extraordinaire. La promotion de la laïcité et de la mixité sexuelle, sociale et générationnelle de l’espace public, des équipements et services publics est de nouveau un défi. Après des années de sécularisation, une minorité de fanatiques de toutes les religions, confortée par une vision communautariste portée par le Président de la République, entendent à nouveau imposer à l’ensemble de la société une spécialisation des services et des espaces. Cette radicalisation religieuse entrave la liberté de penser de tous, mais elle entrave particulièrement les déplacements, le travail, la créativité et la liberté de nombreuses femmes en France.

 Les socialistes réclament depuis longtemps une loi anti-sexiste, avec les moyens d’une application sur tout le territoire et dans tous les domaines. L’école doit être en tête de nos priorités, avec l’application de la loi sur l’éducation sexuelle et la promotion active de la mixité dans toutes les filières.    

 Les créatrices doivent être particulièrement aidées, pour mettre fin à une situation paradoxale où les lectrices, spectatrices ou visiteuses sont plus nombreuses, mais où les femmes sont moins exposées, jouées ou lues que les hommes. La culture, les médias dans le domaine de la fiction, des jeux ou de l’information renvoient aujourd’hui une image caricaturale et stéréotypée des femmes ou des petites filles. Une amélioration de la prise de parole et de l’image des femmes pourrait faire partie des cahiers des charges imposés aux grands médias aidés ou autorisés par l’Etat.     

 II- les socialistes s’engagent pour l’égalité

 1.   le droit à choisir sa vie personnelle, familiale et affective
En droit, les femmes et les hommes sont égaux dans la vie familiale. Sauf lorsque des droits étrangers peuvent être appliqués. Ou lorsque la justice décide que la virginité est une «qualité essentielle» pour une épouse. Ou à Mayotte et en Nouvelle Calédonie où des droits coutumiers peuvent être « choisis » par les femmes. Ces survivances juridiques ou judiciaires doivent faire l’objet de la plus grande attention. Outre la dénonciation des conventions bilatérales ou des droits coutumiers contraires au principe constitutionnel d’égalité entre hommes et femmes (les conventions bilatérales qui permettent la répudiation par exemple), il est nécessaire de prêter la plus grande vigilance aux décisions de justice qui contreviendraient à ce principe. 

 Dans les faits, la possibilité de vivre librement sa vie affective et familiale n’est pas non plus acquise. La contraception est encore aujourd’hui mal connue, mal utilisée et mal remboursée. Un travail régulier d’information et de communication sur la santé sexuelle et reproductive est à mettre en place, les campagnes qui sont organisées ponctuellement et de manière irrégulières, sont en effet insuffisantes.

 Les lesbiennes sont l’objet de représentations très négatives, avec des conséquences qui peuvent être dramatiques, en terme d’insertion professionnelle, de logement… La lutte contre les discriminations homophobes devra prendre en compte la situation particulière des femmes et la discrimination «à bas bruit» dont elles font  l’objet.

 Pour trop de femmes et d’enfants, la famille est un lieu de grandes souffrances. Aujourd’hui en France, deux enfants meurent chaque jour de violences domestiques, tandis qu’une femme en meure tous les trois jours et un homme, tous les 14 jours. La lutte contre les violences intrafamiliales et contre les mariages forcés doit continuer et faire l’objet d’un grand programme de formation des professionnels de la santé, de l’éducation, du social de la police et de la gendarmerie au dépistage de la violence, de la mise en place de moyens pour accueillir, protéger et rendre justice aux victimes. 

Enfin, le maintien du lien entre le père violent et les enfants met trop souvent les enfants et les femmes en danger pour qu’il  puisse continuer à s’exercer comme aujourd’hui. Là encore, la formation et la sensibilisation des professionnels de justice doit être élevée au rang de priorité. Une grande loi contre les violences à l’exemple de celle adoptée en Espagne montrera qu’il s’agit d’un enjeu pour l’ensemble de la société avec un programme d’intervention ambitieux concernant les modes d’hébergement (urgence, foyers,  logements sociaux…),  la mise en place de prestations sociales adaptées aux situations.. .  Il doit intégrer des violences qui, jusqu’à présent, sont peu ou pas intégrées dans nos normes juridiques telles que le harcèlement psychologique au sein du couple, les mutilations sexuelles, la prostitution, les crimes d’honneur, la lesbophobie etc… Il doit de surcroît,  construire  une véritable démarche en direction des auteurs de violences comme le font certains pays depuis plus de 20 ans. Tous les domaines, vecteurs de violence et notamment les médias, la publicité,  internet, les portables etc… devront être examinés.

 Parallèlement, nous devons porter le projet d’une société mixte et paritaire, qui donnerait aux hommes toute leur place dans la vie familiale. Le maintien de relations continues et régulières, entre enfants et parents, même en cas de séparation doit être valorisé comme l’investissement des pères à l’école, à la crèche ou lors d’un congé parental... L’égalité des droits et des devoirs des hommes et des femmes dans la vie familiale doit être sans cesse réaffirmée, pour les parents comme pour les enfants.

 L’organisation des compétitions sportives par les grandes fédérations doit favoriser la popularisation des activités des clubs ou sections comportant des équipes féminines, à fin de loisir ou au plus haut niveau.

 Enfin, les socialistes doivent appréhender la dépendance des personnes très âgées non seulement comme une question de santé ou une question sociale, mais également comme une question sexuée. Cette charge familiale revient souvent aux femmes, pesant sur leur carrière professionnelle et leur vie sociale.

 2.  Agir pour la parité politique et sociale 
 Le parti socialiste s’est honoré lors des dernières élections législatives en présentant 46% de candidates. On ne peut pas en dire autant de l’UMP qui n’en présentait que 30%. Mais au final, 87,7% des députés sont des hommes, comme 89% des maires et 83% des sénateurs. Le divorce entre les électeurs et ceux qui les représentent est trop flagrant et participe à la défiance envers le système démocratique.

 Le système de pénalisation financière des partis n’est donc pas assez efficace pour arriver rapidement à la parité à l’Assemblée nationale et le champ d’application de la loi doit être élargi aux exécutifs locaux, y compris les établissements publics de coopération intercommunale. Il est indispensable que le cumul des mandats soit strictement interdit en matière de mandat électif à tous les niveaux et que la règle de la limitation à deux mandats successifs dans la même fonction soit érigée en règle absolueNon seulement cela contribuera à instaurer la parité réelle (pas seulement au niveau des candidates mais aussi au niveau des élues) mais cela permettra de faire émerger dans la vie politique à la fois des femmes et des jeunes et à instaurer une autre image des responsables politiques. Nous proposons par ailleurs que les partis politiques qui n’appliquent pas la règle paritaire soient privés de tout financement public.

 Mais la représentation politique n’est pas la seule à devoir se renouveler : la loi devrait également imposer la parité dans tous les organes représentatifs, conseil constitutionnel, conseil supérieur de la magistrature, Conseil supérieur de l’audiovisuel. La représentation syndicale et patronale dans les chambres consulaires et les organismes sociaux gagnerait également bénéficier d’une loi sur la  parité. Le militantisme des femmes doit être promu et valorisé.
C’est la raison pour laquelle, les organisations et associations de femmes doivent être aidées sur le terrain, et trouver des interlocuteurs administratifs compétents et attentifs.
Nous souhaitons également que les conseils d’administration des entreprises se féminisent. Le secteur public, national et local peut en la matière donner l’exemple, en désignant autant d’administratrices que d’administrateurs dans les entreprises où les collectivités et l’Etat sont actionnaires.

En matière de parité, le parti socialiste se doit d’être exemplaire : la parité du bureau et du conseil national est un aujourd’hui indispensable. De plus, les secrétariats nationaux  qui influent sur la vie du parti et pas seulement sur son projet (fédérations et élections) doivent être confiés à des femmes.

3. Soutien aux femmes du monde
S’il reste beaucoup à faire pour l’égalité en France, la situation des femmes dans les autres pays est trop souvent dramatique et doit faire l’objet d’une intervention claire de la France. La crise financière, alimentaire et énergétique que traverse le monde génère pauvreté et repli sur soi. Les femmes, notamment les femmes migrantes, mais aussi celles qui souhaitent sortir des carcans traditionalistes sont trop peu soutenues et trop peu prises en compte dans les politiques publiques des Etats.   

La diplomatie française est actuellement complètement absente sur ce thème. La France laisse dans les instances internationales les oppresseurs des peuples et plus particulièrement des femmes, défendre des conceptions des droits humains inacceptables.  En réclamant une application sans restriction de la convention pour l’élimination des discriminations envers les femmes, la France s’honorerait et poserait les bases d’un dialogue constructif entre les peuples, au bénéfice des femmes comme des hommes. Ce doit être un objectif majeur des socialistes français et européens. Outre une position diplomatique claire, des engagements financiers conséquents  pour les fonds structurels d’aide aux femmes doivent être pris.

Enfin, la lutte contre la traite des femmes et des enfants doit être poursuivie sans relâche, intensifiant les coopérations policières et judiciaires, pour que le corps des femmes ne puisse plus être une source de profits sans risques.

Cette contribution entend rassembler un socle de convictions communes sur le sujet de l’égalité entre hommes et femmes à de nombreux socialistes et donner des outils aux élus et aux socialistes engagés dans la vie sociale et économique pour travailler à l’élaboration d’une société mixte, paritaire et plus juste.

 

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