Le Collectif de lutte contre les violences faites aux femmes s'indigne contre la chanson du rappeur Oreslan

Publié le par Olga Trostiansky

Paris, le10 avril 2009

  

Lettre ouverte à tous les découvreurs de jeunes talents, programmateurs et journalistes musicaux, directeurs de salles de concerts
ou de spectacles !

  

Tous et toutes responsables !

La violence sexiste est aussi inacceptable que la violence raciste ou homophobe

  

Comment auriez vous réagi si les phrases suivantes : « On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée (...) Tu n’es juste qu’une truie, tu mérites ta place à l’abattoir (...) veut te voir retourner brûler dans les flammes »,
étaient issues d’un texte qui s’adressait à un juif, un arabe ou un homosexuel ? Vous n’auriez probablement pas osé programmer son auteur-interprète, quelle que fût la qualité musicale attribuée. Et vous auriez eu raison, comme ont eu raison, il n’y a pas si longtemps, des responsables supprimant de leur programmation des humoristes à l’humour douteux sur les victimes d’une page noire de notre histoire.

 

Quand une société lutte contre toutes les formes de discrimination ou de violences, nous sommes toutes et tous concernés, responsables dans nos actions et nos domaines de compétences pour défendre l’égalité de droit et de traitement. C’est cela qui fonde notre cohérence et notre cohésion sociale, ciment d’une société égalitaire qui trouve sa source dans le respect de toutes et tous, et de chacun. 

Qui aujourd’hui oserait remettre cette co-responsabilité en question ? Qui aujourd’hui oserait dire que certaines formes de violences seraient plus acceptables ou tolérables que d’autres ?

 

Pourtant… Aujourd’hui certains d’entre vous estiment que défendre, au nom de la qualité artistique d’un genre musical – que nous ne jugeons pas- des propos incitant à la haine et la violence envers la moitié de l’humanité : les femmes, ne constitue pas une atteinte à ces principes de lutte contre toutes les discriminations! Mais non, ces textes sont issus d’une chanson parlant les « relations » entre hommes et femmes, filles et garçons.

Alors pourquoi cette fameuse responsabilité citoyenne, sociale, disparaît-elle, totalement effacée, quand il s’agit de violences faites aux femmes ? Pourquoi est-elle balayée par des arguments comme : « C’est la figure montante de la jeune génération » ; «Album excellent, parfait reflet d’une jeune génération désabusée », pourquoi son genre musical semble t-il tout excuser? Comment oser dire que ces chansons sexistes, homophobes, privilégiant une ultra violence dans les rapports entre les sexes, où les femmes sont les victimes, peuvent d’une quelconque manière être reconnues comme excellentes ? Ce n’est ni du talent, ni même des « histoires », ni de « l’humour » fût-il décalé. C’est criminel.

 

Certains d’entre vous ont pourtant eu raison, comme ces responsables d’une salle poitevine qui ont décidé et assumé de ne pas donner de tribune à celui qui fait de la violence envers les femmes l’essence même de son message.

Oui, rechercher de nouveaux talents ou artistes, même au risque de bousculer, est nécessaire et est intrinsèquement lié à l’évolution de notre société. Cela ne peut tout justifier, ni permettre de s’affranchir de la réalité des violences faites aux femmes, même au nom de la liberté d’expression ou artistique, quand une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son compagnon, et que tant d’autres sont tous les jours blessées, violées, mutilées, brûlées.

En accordant vos commentaires journalistiques élogieux à de telles personnes, en les programmant dans vos salles, parfois largement subventionnées par des fonds publics, vous vous rendez coupables. Coupables de complicité pour incitation à la violence et à la haine envers les femmes, au mépris des droits humains les plus élémentaires.

Oui nous sommes tous et toutes responsables. Depuis toujours, l’art et la musique en particulier, sont des facteurs d’échanges, de tolérance et de découvertes interculturelles. Ne dit-on pas que « la musique adoucit les mœurs » ? Vous en êtes souvent les promoteurs voire les instigateurs.

 

Nous, associations regroupées en « collectif de lutte contre les violences faites aux femmes » ayant reçu le label « campagne d’intérêt général » pour l’année 2009, nous vous demandons de nous rejoindre dans cette lutte en renonçant à promouvoir quelques individus porteurs de message destructeurs et criminels.

C’est de notre dignité à toutes, tous, dont il s’agit.

  

Association de Femmes Euro-Méditérannéenne Contre les Intégrismes (AFEMCI), Alliance des Femmes pour la Démocratie (AFD), Association de Solidarité avec les Femmes Algériennes Démocrates (ASFAD), Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF), Centre National d’Information des Droits des Femmes et des Familles (CNIDFF), Collectif Féministe contre le Viol (CFCV), Conseil National des Femmes Françaises (CNFF), Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), Femmes Solidaires, Fondation Jean et Jeanne Scelles, Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et enfants (GAMS), Marianne de la Diversité, Mouvement du Nid, Mouvement Ni Putes Ni Soumises (NPNS), Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF), Regards de Femmes France, Vivent les Femmes, Voix de Femmes.

 

 

Publié dans femmes

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