Les femmes et la crise économique

Publié le par Olga Trostiansky

 

                                                                                                                            

 
Les femmes et la crise économique - l'occasion de faire valoir une autre vision du monde ?

Alors que nous sommes encore dans les affres de la tempête, la situation économique actuelle caractérisée par la crise du crédit et l'effondrement des marchés financiers affecte sans aucun doute les femmes et les hommes d'une manière différente. Bien que les études n'aient pas encore évalué l'impact réel de l'actuelle crise financière et économique sur les femmes, on peut d’ores et déjà  voir une dimension de genre dans la façon dont la crise est présentée et discutée. Les secteurs de l'économie qui reçoivent de loin la plus grande attention médiatique sont des secteurs dominés par les
hommes: cela concerne principalement la construction et l'industrie automobile - alors que le commerce de détail et le secteur des services, principalement occupés par des femmes (ces secteurs étant également ceux où la représentation des travailleurs migrants est élevée) font l’objet de beaucoup moins d’attention. En plus d’être gravement touchés,  ces secteurs représentent en même temps la ségrégation des sexes sur le marché du travail. Cela doit être reconnu. Dans les secteurs où les femmes possèdent des contrats  de travail considérés comme atypiques : surreprésentation dans le travail à temps partiel,  travail peu qualifié, bas salaires, temps de travail flexible, et dans certains secteurs où les femmes font l’objet de pression pour conserver leur « sous-emploi », les femmes seront de plus en plus exposer à la pauvreté. De même, l’accès à un travail qui ouvrirait droit à des prestations de protection sociale leur sera restreint, puisque le schéma des régimes de sécurité sociale a toujours reflété une approche masculine du travail et de la protection sociale.

 

En considérant ce désastre comme le fait des hommes,  la crise du crédit a également mis en avant la place qu’occupent les hommes dans la prise de décision, excluant plus que jamais les femmes – pourtant la moitié de l’humanité –  et prouvant ainsi que la prise de décision reste l’apanage des hommes, tout comme les domaines de la finance privée et des secteurs économiques.

 

Que doit être fait? Dans les plans européens et internationaux de relance économique, il est urgent d’intégrer une dimension de genre dans l’analyse de l'impact de la récession économique et dans la manière d’y faire face. Ce serait ainsi l’occasion de révéler la véritable ampleur des inégalités entre les femmes et les hommes, déjà présentes en temps de « boom » économique. Cela peut aussi être l’opportunité de « mettre les choses au point » en reconnaissant que le temps est venu de considérer les aspirations et les besoins des femmes comme des hommes.

 

Investir dans les soins/la prise en charge de personnes, les services à la communauté,  l'éducation, la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive, dans l’analyse budgétaire sensible au genre («gender budgeting»); ouvrir la voie à davantage de femmes dans la prise de décision, mettre fin aux écarts de rémunération, corriger les modèles de protection sociale qui reflètent prioritairement la vie active des hommes sont quelques-uns des moyens pour assurer que les femmes ne ramasseront pas les dégâts de cette débâcle. Pour ce faire, nous avons besoin de leadership politique et en tant qu’organisation de femmes, nous avons un rôle à jouer pour orienter nos dirigeants politiques dans ce sens.

 

Le plan européen de relance économique, adopté en décembre 2008,  souligne l’importance des modèles sociaux qui, en temps de crise, font preuve de leur utilité, notamment parce qu’ils sont fondés sur des principes de solidarité. Mais le plan de relance reste neutre du point de vue du genre.  Il faut donc plus de leadership pour assurer que les mécanismes de l'Europe sociale soient mieux adapter pour investir dans des initiatives qui favorisent le leadership des femmes en matière d'innovation et leur rôle en tant que leaders socio-économiques du changement.

 

La crise financière doit être saisie comme une occasion pour affirmer qu'une autre vision du monde est possible, celle qui a une approche globale dans laquelle les valeurs fondamentales de l'UE, à savoir: l'égalité entre les femmes et les hommes, les droits de l'homme, le principe d’anti - discrimination, la démocratie et la primauté du droit, y compris la bonne gouvernance, puissent devenir une réalité pour tous. Les femmes et les organisations de femmes ont un rôle vital à jouer dans ce processus.

 

 

 

Le Lobby Européen des Femmes (LEF) est un groupe de pression qui rassemble plus de 3.000 associations représentant des millions de Femmes de l'Union Européenne. La Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF) se mobilise avec les associations du Lobby Européen des Femmes sur des questions cruciales. 

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