Culture de l'émotion

Publié le par Olga Trostiansky

Le président reçoit à l’Elysée le père d’un enfant kidnappé et violé, le président assiste aux obsèques d’un marin-pêcheur, le président rend visite dans le sud-ouest aux familles de deux infirmières assassinées durant leur service… Cette énumération peut sembler de mauvais goût, mais comment ne pas s’indigner de la récupération systématique par l’Elysée de malheurs qui accablent des familles, instrumentalisées par la toute puissante machine à communiquer qu’est Sarkozy ? Je trouve assez malsain que ces « faits divers », expression terrible, deviennent les supports d’une action politique prise dans l’instant, dictée par l’émotion, conçue pour donner l’impression aux Français que leurs drames intimes président aux destinées de la France.

 

Le bon petit père du peuple se rend au chevet de la France souffrante, la tête baissée, la voix basse, le regard lourd d’émotion, pour faire couler des larmes au JT de 20 heures.

 

Mais il ne faut pas pousser : il y a de « bons » malheurs, dignes de la compassion présidentielle, et les « mauvais » malheurs, ceux qu’on ignore, parce qu’on en porte la lourde responsabilité. Que fait le gouvernement pour les sans-papiers en grève de la faim à Lille depuis de longues semaines ? Il les regarde dépérir avec mépris, voire les expulse sans respecter la procédure judiciaire. Faut-il que des grévistes meurent pour que Brice Hortefeux leur accorde un permis de séjour « à titre humanitaire » ?

 

Quel cynisme !

Publié dans politique

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